On longe la Baie de Melbourne par l'ouest pour rejoindre la cote au niveau de Torquay, capitale de l'industrie australienne du surf. Les gars revent deja de tater la vague mais ce sera pour une autre fois peut-etre (min 15$ la location d'une heure)... surtout avec la Bells Beach a moins de 10 bornes, qui accueille tous les ans un championnat du monde. Il est ou Kelly?!
On prend nos marques avec la belle Karmela. On ne manque de rien : glaciere, rechaud, table, vaisselle, bassine, tentes, matelas, couvertures, caisses de rangement, jeux, bidons d'eau et d'essence, auto-radio, etc. on vit comme des princes!!! Nuitees en boite de sardines : bons fous rires et torticolis assures!!!
On adopte une vitesse de croisiere (80 km/h pour une vitesse limitee a 110 normalement) pour apprecier les virages de la Great Ocean Road. Route cotiere et sinueuse. Paysages superbes. Belles plages. Villages de peche pittoresques (ancienne activite de peche : baleine et phoques). Ambiance bord de mer en saison creuse. Couchers de soleil sur l'ocean dechaine. Vent digne de la Bretagne.
On prend le temps de decouvrir les parcs nationaux qui jalonnent notre route. Une petite peninsule abrite l'Otway National Park avec ses forets de gum trees, d'eucalyptus et ses koalas perches. Le Port Campbell National Park est la partie la plus bluffante : une succession de roches, de gorges, d'arches, de criques, de cavites erodees et sculptees par les vagues qui deferlent depuis des milliers d'annees.
Malgre les mouches envahissantes (ca se compte en dizaines!!!) et le vent, on decouvre les Twelve Apostles (site le plus connu), le London Bridge, l'Arch, etc. et leurs legendes lugubres de naufrages.
En suivant la cote, on arrive a Adelaide. Reputee pour ses activites culturelles (Fringe au mois de mars qui vient se positionner juste derriere celui d'Edimbourg), la ville ne nous laissera pas un souvenir imperissable. Oublies les bourges et les bobos de Sydney ou Melbourne!!! On rencontre les vrais de vrais : bedonnants, a l'accent improbable et tres portes sur la bouteille. Rencontres insolites voire flippantes avec quelques allumes.
En revanche, j'en ai profite pour faire quelques musees vraiment sympas sur la communaute aborigene des Ngarrinjeri du Coorong (le Chemin des Reves, les coutumes, l'artisanat, etc.) et une galerie d'art australien. Tres sensible a l'art aborigene beaucoup moins aux oeuvres australiennes du XIX eme siecle, pales copies franco-italiennes. Coup de coeur pour le travail de Sydney Nolan.
Curiosite gastronomique : filet de kangourou sur son lit de roquettes, de betteraves, de patates douces et saucisses de 'rou maison. Un delice. Patron bavard et sympathique pour ne rien gacher.
Adelaide, c'est aussi le point de depart pour parcourir les regions viticoles du pays. A moins de 60 bornes au nord-est, on decouvre la Barossa Valley : c'est la plus celebre region viticole australienne. Vignobles de 160 ans pour 1/4 de la production nationale. Route buccolique dans un paysage vallonne et incroyablement aride. Villages ou hameaux pittoresques avec Tanunda, Marananga, Bethany ou encore Nuriootpa. Eucalyptus, palmiers et ceps : peu commun...
On frappe a la porte de plusieurs domaines en esperant degoter quelques jours de vendanges remuneres. Mauvais timing a quelques semaines pres... dommage. On ne se laisse pas abattre et on en profite pour deguster quelques crus australiens. Belle rencontre avec Valmey et son mari qui possedent un domaine a echelle familiale. Mais notre patriotisme nous enleve toute objectivite pour le verdict oenologique...
On met le cap au Nord pour atteindre Port Augusta. Ville plutot glauque mais qui marque l'entree dans l'Outback. L'occasion de faire le plein de bouffe, d'eau et d'essence mais aussi de lire les nouvelles recommandations. Un dernier Hungry Jack's pour les gars : on ne sait jamais...
Petit aparte : ca fait huit ans que je reve de ce moment... Quand j'etais a Edimbourg, j'ai connu JP et Julia, un couple bordelais et baroudeur. Coup de coeur amical. Apres notre parenthese ecossaise, ils sont partis sillonner les routes australiennes pendant que je rentrais en France finir mes etudes. Leurs recits, leurs anecdotes sur la traversee de l'Outback m'avaient vraiment marquee. Quand j'ai planifie l'itineraire de ce tour du monde, j'ai tout de suite pointe cette route sur la carte : je ne pouvais pas passer a cote... meme apres avoir lu "Cul-de-sac" de Douglas Kennedy!!!
La Stuart Highway. La A 87. Une ligne droite interminable au milieu d'une vaste etendue desertique. Temperature avoisinant 40oC. Sans air conditionne (Karmela est de 1983... faut pas rever!!!). Villages fantomes et paumes au milieu de nulle part : une pompe a essence et un pseudo-bar. Road trains rugissants et impressionnants (superbes cabines suivies de trois a cinq remorques). Musique en adequation (on branche nos i-pod sur l'auto-radio). Mouches temeraires (elles viennent dans le nez, la bouche, les yeux : une horreur!!!). Toute une ambiance.
Le paysage defile (enfin, on ne depasse pas le 80km/h donc c'est tout relatif!!!) : vegetation epineuse, herbes brulees par le soleil, terre ocre, lacs asseches ou salars... Raisonnables, on ne roule pas de nuit pour eviter de taper un kangourou. On en a vu un nombre invraisemblable... morts le long de la route fauches lors d'une traversee malheureuse, les charognards guettant un bout de chair. Et quelques uns vivants, detalant a notre passage...
On retrouve un semblant de civilisation en arrivant a Coober Pedy, la capitale mondiale de l'opale. Le nom vient d'une expression aborigene "le terrier de l'homme blanc" (dixit Lonely Planet). En effet pres de la moitie de la population (qui n'a rien a envier a l'aspect cosmopolite de Melbourne) vit dans des habitations troglodytiques. On a vite compris pourquoi : pas un pet d'ombre, pas de vegetation et restriction d'eau de rigueur!!! Plutot hostile comme environnement...
Un petit cote VIP tout de meme : "Mad Max 3","'Ground Zero", "Stark" ou encore "Priscilla Folle du Desert" ont ete tournes dans le coin. Visite d'une mine d'opale et de la maison d'Harry, une habitation troglodytique habitee dans le temps par un gars loufoque et megalo.
On croise aussi pour la 1ere fois des communautes aborigenes. Plutot triste comme spectacle... Des loques humaines qui vivent dans la rue. Ivres. Regards vides. Ils nous accostent parfois pour nous dire sur le ton de la confidence : "C'etait notre terre! On a ete voles!". Aucune consideration voire franchement meprises par les Blancs. Le racisme a l'australienne. C'est temps de repartir...
Longues heures de route pour atteindre le Uluru - Kata Tjuta National Park. Premiers soucis mecaniques avec la pedale d'accelerateur. On arrive in extremis pour le coucher de soleil sur le mythique Ayer's Rock... Ca a beau etre un gros caillou au milieu de nulle part, ca vaut le coup de faire toutes ces bornes!!! 348 metres de roche ocre qui emergent de la terre sablonneuse (867 m d'altitude). L'iceberg de l'Outback (la partie visble ne representerait qu'1/3 de la totalite du rocher). Un petit moment de bonheur et un bout de reve qui se realise.
Impressionnant avec une belle lumiere de fin de journee, comme j'aime. On sympathise devant ce rocher emblematique avec une autre triplette : Max, Bastien, Guga et leur Ford Falcon. On ne se separera plus pendant les 48 heures qui suivront... pour le meilleur et pour le pire. Vires par les rangers du parc Uluru, maternes par les gardes de securite, solidaires dans les soucis mecaniques.
On remet ca pour le lever de soleil et on s'attaque aux 10 bornes qui font le tour de l'Ayer's Rock. En plein cagnard et a batailler pour ne pas s'etouffer avec une mouche. Ce monolithe a une valeur sacree et spirituelle pour les Aborigenes : il est interdit de prendre des photos de certaines parties, ni d'empocher un bout de roche.
On poursuit la route jusqu'aux Monts Olgas. Ensemble de monolithes tout aussi captivants que l'Ayer's Rock. Formes insolites des rochers et gorges encaissees : on n'aurait pas ete surpris de voir debarquer un tyranosaure...
C'est le temps des adieux avec nos trois autres compagnons de voyage. Petit geuleton et petite soiree sous les etoiles de l'Outback en attendant de se retrouver a l' "Ayer's Rock" (pub australien a Lyon) a notre retour. Le RDV est pris...
Mais Karmela devient capricieuse alors on prefere jouer la carte de la securite en remontant sur Alice Springs sans faire le Kings Canyon. Rebecca nous accueille dans son "auberge espagnole" (une australienne qu'on avait rencontree au Vietnam).
Un autre "traquenard"...
Barbecues, piscine, parties de foot, cinema (lors d'un festival de cine itinerant, on a revu "Ensemble c'est tout" : un beau condense de la France avec la bonne bouffe, les rues de Paris, l'ambiance de village), soirees avec tous ses amis, etc.
Alice Springs est reputee pour etre la ville la plus dangereuse du pays (tout est relatif) et on nous disait souvent : "What the fuck are you gonna do up there?! There's nothing!!! It's in middle of nowhere!!!" Faut croire que la surprise n'en a ete que meilleure...
On a l'impression de vivre la depuis des annees!!! Personne n'est vraiment d'Alice Springs : tout le monde est la pour le boulot pour quelques annees et vit en colocation. Ambiance detendue et familiale assuree. Petite ville de 25 000 habitants ou tout se sait et ou tout le monde se connait.
Des belles rencontres a la pelle : Stefan, Sara, Fiona, Alex, James, Luis, Alice, Jason, Ben, Josh, Dan, Sarah, Sebastian...
J'ai meme eu le droit a mon 1/4 h de celebrite grace a Josh qui anime le 6h-9h a la radio!!! Je suis passee a l'antenne pour vanter le talent de Josh, la qualite de son emission, faire croire que je le suivais assidument via internet et evidemment lacher quelques mots francais bien choisis : escargots, fromage, grenouilles, pain, etc. "That was the Glory Morning!!!"
Nouvelle curiosite gastronomique : on a essaye le dromadaire et re-craque pour du kangourou (ca devient une routine maintenant!!!). A l'origine, les dromadaires ont ete amenes par les Afghans pour circuler dans le desert mais aujourd'hui, la region en est limite envahie. Bref, la chasse au kangourou et au dromadaire est une activite comme une autre pour les habitants d'Alice Springs.
On profite de la "ville" pour faire un petit check-up a Karmela : bougies pimpantes, nouveau filtre a essence et autres broutilles. Elle se porte a merveille... et la note n'a pas ete trop salee pour notre plus grand bonheur!!! Ca nous a permis de retourner faire le Kings Canyon. Un petit detour de 800 bornes mais qui valait le coup. Falaises de plus de 100 metres aux couleurs ocres. Superbe. On croise le chemin de nouveaux energumenes australiens : un dingo (chien sauvage) et des emeus. Ballade de trois heures dans les gorges et sur le plateau du canyon malgre la chaleur etouffante (autour des 45oC !!!). Les mouches nous semblent plus coriaces que la derniere fois alors on se coiffe du ridicule filet : c'est vital... pour les nerfs!!!
Une semaine, ca passe vite surtout en vivant avec Rebecca... mais va falloir avaler de l'asphalte maintenant!!!
On vient de voir la meteo a la TV ce matin. Le Queensland est sous des trombes d'eau, les routes sont inondees, la population sinistree... Il va peut-etre falloir revoir notre itineraire quitte a rater la Grande Barriere de Corail. On ne veut pas prendre le risque d'etre coinces au milieu de nulle part...
Qui a dit qu'on avait de la chance?!
On se consolera avec les lagons de Tahiti et surtout, ca fera l'objet d'un prochain voyage. On croise les doigts...